Présidents de Région : le cumul des mandats…encore

Au mois de décembre 2015, nous étions appelés à voter pour élire nos conseillers régionaux. Pour ces élections, changement de taille, nous sommes passés de 22 à 13 régions. Ces nouvelles régions immenses font, par exemple, de la région Auvergne-Rhône-Alpes, une région aussi vaste que la Bavière, le Länder le plus vaste d’Allemagne. On pourrait donc penser que ceux qui sont appelés à diriger ces immenses collectivités locales vont devoir se consacrer pleinement à leur  tâche de président de région. Il n’en est rien. De nombreux présidents régions ont clairement annoncé que tant que la loi ne les y obligent, ils cumuleront leur présidence avec un mandat de parlementaire ou de ministre.

Le cas Le Drian

Depuis Lionel Jospin premier ministre, chaque chef de gouvernement ne permettait plus de cumuler une fonctions de ministres avec la responsabilités d’ exécutifs locaux. Se conformant à cet usage, à leur nomination au gouvernement, Marisol Touraine et André Vallini ont donc renoncé à la présidence de leurs conseils généraux respectifs, l’Indre-et-Loire et l’Isère.

Or, le dimanche du second tour des élections régionales, on apprenait que Jean-Yves le Drian, fraîchement élu à la présidence de la région Bretagne, resterait au gouvernement. Manuel Valls et François Hollande ont donc considéré qu’on pouvait être tout à la fois Président d’une grande Région – plus peuplée que la Lituanie, grande comme l’Albanie – et Ministre du gouvernement. Pourtant dans sa célèbre anaphore « Moi président », François Hollande annonçait le contraire :

Moi président de la République, les ministres ne pourront pas cumuler leur fonction avec un mandat local, parce que je considère qu’ils devraient se consacrer pleinement à leur tâche.

François Hollande, lors du débat télévisé de l’entre-deux-tours face à Nicolas Sarkozy

On peut raisonnablement se demander comment on peut occuper une fonction régalienne au gouvernement et présider une région française.

Pour trois présidents de région, Philippe Richert (Les Républicains), en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, Marie-Guite Dufay (Parti Socialiste), en Bourgogne-Franche-Comté, et François Bonneau (Parti Socialiste), en Centre-Val de Loire, la question ne se pose pas. Leur mandat au conseil régional est leur seul mandat. Pour les autres, si certains ont clairement exprimé leur intention de démissionner de leur mandat de parlementaire – Xavier Bertrand en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Valérie Pécresse en Ile-de-France et Christian Estrosi en Provence-Alpes-Côte d’Azur, d’autres conserveront leur mandat de parlementaire.

Laurent Wauquiez, au moment de son élection à la présidence de Rhône-Alpes-Auvergne, était député de Haute-Loire et maire du Puy-en-Velay. Il a donc dû faire un choix  et a donc abandonné son mandat de premier magistrat. Il a néanmoins conservé son mandat de parlementaire. Nous avons eu le droit au sempiternel « Je reste député pour faire avancer à Paris les dossiers de ma région ».

Un argument que ceux qui prononcent cette phrase sont les seuls à croire. Carole Delga, députée de Haute-Garonne et présidente socialiste de Languedoc-Roussillon-Midi Pyrénées, Alain Rousset, député de Gironde et président PS de la Région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, et Bruno Retailleau, sénateur de Vendée et président Les Républicains de la Région Pays de la Loire, resteront parlementaires. Le dernier cité restera également président du groupe Les Républicains de la Haute Assemblée.

A force d’entendre l’éternel « Faire de la politique autrement », il y a fort à parier que la participation aux prochaines consultations électorales sera faible. Nous sommes beaucoup à nous être détournés de la politique à force d’entendre les phrases toutes faites comme « Nous avons compris le message des électeurs », « Il faut entendre le message qui nous a été envoyés par les français » et ne rien voir de concret ensuite. Le cumul des mandats est un sport national français. Nos élus cultivent un « entre-soi » qui les détournent petit à petit de ceux qui les ont désignés.

En 2017, la loi sur le cumul des mandats permettront enfin d’empêcher cette aberration. Vivement 2017 !

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